Les pompiers crient au feu. Depuis le milieu des années 1990, ils sont régulièrement pris à partie lors de leurs interventions dans des cités chaudes. Mais depuis deux à trois ans, les attaques se font plus fréquentes, et surtout plus violentes. « Ce ne sont plus les fourgons qui sont visés, mais directement les hommes », explique le capitaine Didier Revenault. En 2005, des syndicats ont comptabilisé quarante et un actes de violence contre des pompiers dans l’Essonne, dont vingt graves. Cela classe le département au quatrième rang français, au deuxième (derrière la Seine-Saint-Denis) en Ile-de-France. Pas très loin derrière, les Yvelines, où les syndicats estiment à quinze le nombre de pompiers blessés durant l’année 2005.
Or, ces soldats du feu n’ont rien pour se défendre : ni le droit ni les moyens. D’où la nécessité de les former à se protéger. Pour 20 Minutes et pour la première fois, une école de pompiers, celle de l’Essonne, a accepté d’ouvrir ses portes à des journalistes lors d’une formation qui voit notamment intervenir un juriste, un policier, un psychologue et un sociologue.
Aucun d’eux ne parvient à expliquer « ces agressions insensées ». Le capitaine Revenault, en charge de la formation, avance toutefois des hypothèses : « Un tiers des voitures brûlent car elles constituent des preuves de délits à détruire. Celui qui empêche le feu puis rameute les policiers est très mal vu. » Beaucoup de pompiers pensent surtout que, derrière l’écusson « courage et dévouement », les délinquants ne voient que l’uniforme, « symbole de la société ». Les sapeurs ont parfois l’impression de servir d’« appât » pour attirer la police. D’autres se disent victimes de leur bonne image : « Casser du pompier fait plus parler que casser du flic. » Annick Droal, directrice de la sécurité et de la prévention à la mairie d’Evry, rappelle que « la notion de territoire est très forte. Toute personne étrangère doit en être chassée. » Mais au-delà des raisons pointent les angoisses. Celle de ne plus pouvoir faire le travail et d’arriver trop tard sur un feu. Celle d’être gravement blessé. Ou celle, tout aussi présente, de craquer. Et de riposter.Michaël Hajdenberg
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